Emilie Grace Lavoie

l'oeuvre : et nausea pressus (un mal de mer)
Le sujet : Le savoir-faire artisanal

Le savoir-faire artisanal

L’art en Acadie a longtemps connu une filiation artisanale. À partir des années 1960, plusieurs artistes acadien.ne.s ont cherché à s’émanciper de leurs prédécesseur.e.s en développant des pratiques formalistes et conceptuelles. L’ère contemporaine a toutefois mené, dès les années 1980, à une vague de reskilling (requalification), alors que certain.e.s artistes ont manifesté une volonté de renouer avec le savoir-faire traditionnel et de l’actualiser. De telles tendances se sont incarnées notamment dans le travail de céramique de Marie Ulmer ou encore dans les œuvres textiles d’Evelyn Coutellier.

Marie Ulmer avec une de ses oeuvres (1999). Photo : Centre de documentation de la GALRC

Cette façon de concevoir comporte une symbolique profonde qui réside dans l’acte de création lui-même : dans le rapport tactile à la matérialité, dans la récupération de traditions artisanales et dans le temps et l’effort physique consacrés à la création. Plusieurs œuvres d’art contemporain mettent à profit ces techniques longtemps marginalisées dans l’histoire de l’art et contribuent à un discours critique percutant.

et nausea pressus
(un mal de mer)

L’œuvre et nausea pressus (un mal de mer) aborde et combine des savoir-faire traditionnels afin de rompre la hiérarchie entre les disciplines artistiques et les frontières entre elles. Chacune des techniques est travaillée de façon à imiter l’autre : le traitement de la céramique évoque le textile et vice versa. C’est par le biais de cette autoréférentialité que l’artiste tente de déconstruire les idées préconçues à l’égard de ces matières, souvent perçues comme moindres puisque associées au travail des femmes. Elle démontre qu’une production actuelle et interdisciplinaire peut bel et bien puiser ses techniques et ses racines dans les savoir-faire traditionnels. Oscillant entre l’art et l’artisanat, l’œuvre de Lavoie célèbre les traditions tout en actualisant la pertinence de celles-ci. Elle invite à un dialogue entre la matière, l’acte de fabrication et le savoir-faire.

Oscillant entre l’art et l’artisanat, l’œuvre de Lavoie célèbre les traditions tout en actualisant la pertinence de celles-ci.

Les métamorphoses inhérentes à l’œuvre, qui résultent de l’imitation des matériaux, reflètent aussi les perpétuelles transformations des écosystèmes naturels. L’artiste démontre que les objets créés sont dépendants d’une écologie de l’atelier, que les traces laissées par ses mains et les manipulations lors de la production font partie intégrante de l’œuvre. On peut ainsi concevoir que la céramique est détentrice de mémoire : elle renferme l’histoire de la terre et de ses composantes, certes, mais y est aussi imprégné le récit de sa réalisation. Le corps de l’artiste et l’œuvre deviennent ainsi indissociables.

et nausea pressus (un mal de mer), 2018, céramique, textiles et peinture acrylique

Cette relation de codépendance rappelle la vulnérabilité des écosystèmes, mais suggère également une réflexion sur la reconnaissance des médiums et des savoir-faire en revalorisant leur contribution au sein de l’écosystème artistique. À cet égard, on peut tisser des liens entre l’œuvre de Lavoie et la production de l’artiste Marie Ulmer, source d’inspiration pour et nausea pressus (un mal de mer).

L’artiste tient à remercier Diana LeBlanc et le Département d’arts visuels de l’Université de Moncton pour leurs contributions au projet.

Emilie Grace Lavoie

Emilie Grace Lavoie travaille principalement en céramique et en sculpture. Ses œuvres allient la céramique et le textile de façon à établir un dialogue entre la fragilité et la matérialité. Ses sculptures et ses installations de céramique traduisent une sensibilisation croissante envers le déséquilibre environnemental. Par son travail, Lavoie remet en question les tendances actuelles de la génétique et ses effets inconnus sur les écosystèmes.

Emilie Grace Lavoie à l’œuvre dans l’atelier de céramique au Département des arts visuels de l’Université de Moncton (2018)

En combinant l’exquis avec le catastrophique, l’artiste souligne la relation complexe et fluctuante entre les espèces vivantes. Elle crée ses propres environnements par une accumulation de formes et de transformations d’objets, et imagine de nouvelles espèces qui pourraient être le résultat de l’anthropocène.

Originaire d’Edmundston au Nouveau-Brunswick, Emilie Grace Lavoie détient un diplôme d’études collégiales en design de mode du Collège LaSalle (2011), un baccalauréat en arts visuels de l’Université de Moncton (2016) et une maîtrise en arts visuels de l’Emily Carr University of Art and Design (2018).