Maryse Arseneault

l'oeuvre : Évangéline redit
Le sujet : Art et littérature

Art et littérature

Au fil des décennies, le milieu culturel de Moncton a vu naître et a encouragé un grand nombre de rapprochements créatifs entre artistes visuel.le.s et auteur.e.s. La porosité entre les deux sphères de création s’est manifestée notamment chez des artistes visuel.le.s qui, à l’instar de Guy Arsenault, ont développé une pratique d’écriture en parallèle. Des soirées de poésie et spectacles littéraires ont animé les espaces de galerie et centres d’artistes; des artistes visuel.le.s ont travaillé le médium du livre; d’autres ont créé les couvertures et illustrations accompagnant les textes de collaborateurs littéraires.

Mentionnons par exemple le travail d’Herménégilde Chiasson avec Raymond Guy LeBlanc dans la création du recueil Cri de terre (1972) et avec Anne Lévesque dans le cas de Les jongleries (1980). Le texte s’est également directement infiltré dans plusieurs pratiques visuelles, une caractéristique récurrente chez les artistes de Moncton qui constitue un lien significatif entre Roméo Savoie, Ghislaine McLaughlin, Daniel Dugas et Angèle Cormier, entre autres.

Raymond Guy LeBlanc, Cri de terre, Éditions d’Acadie (1972)

Évangéline redit

Évangéline redit conserve les traces textuelles et sonores d’une performance collective orchestrée par Maryse Arseneault et développée en collaboration avec cinq intervenant.e.s issus des milieux du théâtre et de la poésie de Moncton : Monique Arseneault, Monica Bolduc, Paul Bossé, Marc Chamberlain et Céleste Godin. Tenue à la Galerie Sans Nom à l’automne 2018, la performance réunissait les cinq interprètes qui lisaient à voix haute des extraits de poèmes, de récits, de chansons et de pièces théâtrales faisant référence aux lieux communs qui habitent l’imaginaire collectif des Acadien.ne.s de Moncton. Lus simultanément à intervalles irréguliers, les textes étaient rendus indistinguables, se fondant les uns aux autres dans une accumulation cacophonique.

L’installation permanente qui en résulte diffuse en continu les enregistrements de cette lecture performée. L’effet aural est singulier : les paroles hypnotiques rythmées aux airs d’incantations ou de chants grégoriens font écho à la force symbolique des traditions orales et du parler acadiens. La dimension sonore de l’œuvre est également matérialisée par un ensemble de textes imprimés sur des panneaux de plexiglas transparent superposés les uns sur les autres. Le dispositif brouille ainsi la lecture des extraits.

Évangéline redit (détail), 2018, impressions sur panneaux de plexi, dispositif sonore et écouteurs

[...] les paroles hypnotiques rythmées aux airs d’incantations [...] font écho à la force symbolique des traditions orales et du parler acadiens.

La station d’écoute permet au spectateur de vivre un moment de contemplation intime avec l’œuvre et de revivre l’expérience de la performance acoustique offerte à la Galerie Sans Nom, un lieu d’exposition phare de l’histoire de l’art contemporain en Acadie. En faisant appel à la création interdisciplinaire collaborative et la condensation de citations multiples tirées de textes littéraires acadiens d’hier et d’aujourd’hui, l’œuvre d’Arseneault constitue une ode aux interrelations entre arts visuels et littéraires.

L’artiste tient à remercier Paul Bossé, Monica Bolduc, Céleste Godin, Monique Arseneault, Marc Chamberlain et Xavier Richard pour leurs contributions au projet.

Elle tient à remercier tout particulièrement les auteur.e.s à l'origine des textes cités: Napoléon Landry, Herménégilde Chiasson, Joséphine Duguay, Martin Pitre, François-Moïse Lanteigne, Raymond-Guy LeBlanc, Jean-Marc Dugas, Marc Arseneau, Marc Poirier, Gérald Leblanc, Paul Bossé, Marie-Jo Thério, Guy Arsenault, Zéro Celcius, Zachary Richard, Les Hay Babies, Denis Richard et Georgette LeBlanc.

Maryse Arseneault

Maryse Arseneault développe depuis 2005 une pratique artistique pluridisciplinaire. Elle propose des séries d’œuvres interreliées qui explorent, avec poésie et sensibilité, des questionnements aux résonances à la fois personnelles et universelles. Souvent participatives, les œuvres d’Arseneault interpellent le regardeur et sollicitent la contemplation critique. Ses recherches les plus récentes examinent la mémoire et les émotions qui imprègnent les objets et les lieux, qu’elle cherche à activer par l’entremise de l’art.

Née à Moncton et installée à Montréal, Arseneault a complété sa maîtrise en estampe à l’Université Concordia (2015) après son baccalauréat en arts visuels à l’Université de Moncton (2006). Elle a notamment exposé son travail à la Galerie d’art Louise-et-Reuben-Cohen, à la Galerie Sans Nom, au centre d’artistes Connexion, à la galerie Eastern Edge et à la Galerie du Nouvel-Ontario. Arseneault a également participé à de nombreuses expositions de groupe ainsi qu’à des festivals tels que Third Shift, RE:FLUX et 7a*11d.