Marjolaine Bourgeois

l'oeuvre : Réflexion-noixelféR
Le sujet : L’Exposition des miroirs (1976)

L’Exposition des miroirs (1976)

En 1976, l’exposition des finissant.e.s du baccalauréat en arts visuels qui devait se tenir à la Galerie d’art de l’Université de Moncton a été annulée. Il s’agissait d’une installation collective conceptuelle réalisée à partir de miroirs. Elle mettait de côté la création individuelle afin de miser sur une conception de la création artistique en tant que reflet de la société. Considérée comme un affront à l’autorité ou une mauvaise farce, L’Exposition des miroirs a été fermée au public. Interpellé par cette atteinte à la liberté d’expression, le Centre culturel de Moncton a invité les artistes à présenter une exposition en 1977. L’exposition 11 + 2 a eu un succès important : elle a mené à la naissance de la Galerie Sans Nom et amorcé un mouvement d’art expérimental et conceptuel à Moncton.

Détail de L’Exposition des miroirs : BAV BAVE 1976 présentée dans le cadre de La vie étudiante : 50 ans de vie étudiante à l’Université de Moncton (2013). Photo : Mathieu Léger

Réflexion-noixelfèR

L’œuvre interactive de Marjolaine Bourgeois prend la forme d’une fenêtre composée d’un miroir plutôt que d’une vitre. Celle-ci est habillée de stores verticaux manipulables sur lesquels sont imprimées des images d’un paysage extérieur d’un côté et, au revers, des images de personnages du quotidien réalisés en broderie. L’expérience du regardeur est intime et personnalisée dans la mesure où sa propre réflexion et celle des images imprimées, alternant selon les mouvements des rideaux, lui sont perceptibles.

Réflexion - noixelfèR, 2018, cadre de fenêtre, miroir, stores verticaux, transferts d’images et broderies

L’œuvre, une fenêtre de réflexion, fait appel à un double sens; d’abord l’image du récepteur qui lui est renvoyée et ensuite la réflexion suscitée par l’expérience de l’œuvre. À la lumière du concept d’origine de L’Exposition des miroirs en 1976, l’œuvre intègre le regardeur, rappelant que l’art (les artistes et les œuvres) est un reflet de la société. Bourgeois détourne ainsi la fonction de la fenêtre, qui est habituellement utilisée comme un moyen de regarder vers l’extérieur et qui offre un point de vue délimité par l’encadrement.

Dans ce cas-ci, la fenêtre est une invitation à porter un regard sur soi et sur le contexte dans lequel on s’inscrit, et à s’interroger sur la cohabitation entre l’image fidèle de nous-même et porteuse de vérité et les fictions proposées par l’artiste. À l’opposé de l’exposition épurée de 1976, qui présentait des miroirs ornés d’étiquettes sur lesquelles les noms des artistes participant.e.s étaient inversés (tels qu’ils seraient réfléchis dans un miroir), l’œuvre de Bourgeois est investie de son savoir-faire pluriel et chargée d’images.

L’artiste tient à remercier Mathieu Vautour, Jean-Marc Dugas ainsi qu’une artisane anonyme pour leurs contributions au projet.

Réflexion - noixelfèR, 2018, cadre de fenêtre, miroir, stores verticaux, transferts d’images et broderies

À la lumière du concept d’origine de L’Exposition des miroirs en 1976, l’œuvre intègre le regardeur, rappelant que l’art (les artistes et les œuvres) est un reflet de la société.

Marjolaine Bourgeois

Depuis 2011, la pratique artistique de Marjolaine Bourgeois se manifeste par la rencontre des techniques du textile et de l’estampe. Bourgeois assemble des images issues de savoir-faire manuels, qui représentent le manufacturé, afin d’interroger les phénomènes de la surabondance et de l’obsolescence, tant des images que des objets. D’une part, elle pose un regard critique, humoristique et poétique sur l’omniprésence actuelle de la consommation. D’autre part, par l’expérimentation et l’adaptation de techniques traditionnelles, elle crée des rencontres inhabituelles. En interprétant et en réaffectant ces techniques, l’artiste actualise un savoir-faire traditionnellement associé aux femmes et participe à sa pérennité.

Originaire des Îles-de-la-Madeleine, Marjolaine Bourgeois habite et travaille à Moncton et détient un baccalauréat en arts visuels de l’Université de Moncton (1980). Elle participe régulièrement à des expositions solos et de groupe ainsi qu’à des résidences de création au Nouveau-Brunswick, au Québec et sur la scène internationale.