Mathieu Léger

l'oeuvre : L’impalpable recul de la postproduction d’un futur, une impossible récurrence en 10 actes (02018-02028)*
Le sujet : Art et architecture

Art et architecture

Les artistes acadien.ne.s se sont fréquemment interrogé.e.s sur leur rapport aux lieux qu’ils et elles habitent et ont souvent considéré le rôle important de ceux-ci dans la construction de leur propre identité. Les scènes du quartier Parkton, à Moncton, dans la peinture de Guy Arsenault et celles du paysage du centre-ville peintes par Yvon Gallant en constituent des exemples notables. Dans le contexte de Moncton, le mobilier urbain, les aménagements paysagers et la mixité des styles architecturaux ont donné lieu à une configuration urbaine particulière qui structure le quotidien de ses citadins. Le paysage architectural de la ville, soumis à de constantes transformations au fil du temps, peut être compris comme un environnement sculptural à ciel ouvert dont les formes et volumes influent sur nos modes de déplacement, notre routine quotidienne et notre relation à l’espace. Que ce soit dans les arts visuels, la littérature, le théâtre ou la musique acadienne, les lieux marquants du paysage urbain de Moncton ont souvent été dépeints en tant que ciment social qui lie ses habitants.

Bâtiment qui abrite aujourd’hui le Centre culturel Aberdeen, à la suite d’un incendie survenu en 1915. Photo : Archives du Centre culturel Aberdeen

L’impalpable recul de la postproduction d’un futur, une impossible récurrence en 10 actes (02018-02028)*

Mathieu Léger propose un projet performatif qui s’étend sur une longue durée et qui recoupe plusieurs lieux distincts. L’artiste a développé une méthodologie protocolaire propre à sa démarche habituelle, qui lui permet de réaliser une séquence d’interventions ponctuelles sur une période de 10 ans. Tourné vers le futur, Léger propose de renverser l’élan rétrospectif du regard vers le passé pour ouvrir nos perspectives sur les potentialités de ce qui est à venir.

L’impalpable recul de la postproduction d’un futur, une impossible récurrence en 10 actes (02018-02028), 2018, socle en bois avec vitrine, briques et détritus de bâtiments, corps de l’artiste, temps (10 ans)

[...] Léger propose de renverser l’élan rétrospectif du regard vers le passé pour ouvrir nos perspectives sur les potentialités de ce qui est à venir.

Fidèle à sa démarche artistique centrée sur notre rapport subjectif au temps et à l’espace, Léger compte extraire tous les ans un échantillon de matière de la façade d’un bâtiment choisi dans la ville de Moncton. Il intervient sur des bâtiments qui sont devenus pour lui des points de repère, des monuments qui lui permettent de s’orienter dans cette ville qu’il parcourt au quotidien. Parmi la sélection d’immeubles sont inclus des lieux phares du développement culturel de Moncton : la Place Resurgo, l’ancien pavillon du Collège Saint-Joseph (aujourd’hui composante de la Faculté des arts de l’Université de Moncton), le Centre culturel Aberdeen et la cathédrale Notre-Dame-de-l’Assomption. Au bout de la décennie, après avoir accumulé la poussière issue de 10 bâtiments dans un présentoir au Musée de Moncton, l’artiste combinera l’ensemble des matières récupérées pour produire une série de 10 briques. Celles-ci seront réparties dans la ville et réinsérées dans les façades d’origine. Elles détonneront par leur pigmentation d’un noir profond et permettront aux passants de reconnaître les liens proposés par l’artiste entre divers lieux significatifs de la ville.

L’artiste tient à remercier l’équipe de La Place Resurgo, artsnb, la Fondation Sheila Hugh Mackay et Vanessa Moeller pour leurs contributions au projet.

Mathieu Léger

Mathieu Léger s’investit dans des cycles de création qui, au gré d’explorations performatives nomades, s’étalent sur plusieurs années et territoires. Ses projets conceptuels sondent les phénomènes naturels de transformation de la matière ainsi que les effets du temps et de l’espace sur notre perception. Il emprunte à un bon nombre de sciences et de disciplines connexes pour intervenir dans le réel par des actions qui passent souvent inaperçues, mais qui modifient discrètement le monde qui nous entoure. Il en conserve les traces par la documentation photographique et l’écriture.

« Artiste-en-résidence en série » de Moncton, Léger s’est déplacé au Canada, aux États-Unis, en Allemagne, en Autriche, en Belgique, en Finlande, en France et en Suisse. Bachelier de l’Université de Moncton (1998), il a notamment remporté la bourse d’excellence Marie Hélène Allain en 2014 et participé à la Wandering Arts Biennial de Bruxelles, ainsi qu’au Symposium international d’art contemporain de Baie-Saint-Paul.