Jared Betts

l'oeuvre : Nymphalidae Phosphorescence
Le sujet : Night Glow Highway (1995)

Night Glow Highway (1995)

En 1995, l’Atelier d’estampe Imago présentait Night Glow Highway, une exposition hors les murs où 7 artistes ont réalisé une installation de 16 estampes originales imprimées sur des panneaux routiers qui longeaient le sentier de la rivière Petitcodiac. Les artistes participant.e.s étaient George Blanchette, Guy Duguay, Paul Édouard Bourque, Gilles LeBlanc, Marc Cyr, Heather Oke et Nat Snider. Cette initiative a soulevé la polémique : des résidents de la ville de Dieppe ont porté plainte contre l’installation pour certains de ses sujets à connotation érotique. Cinq œuvres jugées troublantes ont été saisies par les forces policières, deux d’entre elles ont été vandalisées et une œuvre a été volée. Cette controverse a engendré un débat public sur la censure, qui a apporté à l’Atelier d’estampe Imago une visibilité sans précédent. Les panneaux ont ensuite été exposés à la Galerie Sans Nom, qui a également tenu une table ronde permettant aux artistes d’échanger sur la liberté d’expression.

Gilles LeBlanc avec George Blanchette décrochant une des œuvres de Night Glow Highway suite à leur censure (1995). Photo : Centre de documentation de la GALRC

Nymphalidae Phosphorescence

La série Nymphalidae Phosphorescence de Jared Betts constitue un éloge à Night Glow Highway. En reprenant le même emplacement sur les berges de la rivière Petitcodiac, ce projet de Betts permet aux passants de revisiter l’exposition d’origine sous un nouveau jour. Betts s’est inspiré des éléments techniques, formels et iconographiques des panneaux réalisés à l’époque pour produire une série inédite. Celle-ci fait simultanément référence aux techniques hybrides de Paul Édouard Bourque, aux grandes ailes des Anges déchus de George Blanchette et aux sujets naturels puisés dans le marais environnant par Marc Cyr et Nat Snider.

Fidèle à sa démarche d’abstraction du monde naturel, Betts a réalisé des recherches au Musée du Nouveau-Brunswick afin d’échantillonner des motifs et des couleurs dans sa collection de papillons indigènes et exotiques. Le titre évoque justement son intérêt pour ces insectes d’une beauté parfois surréelle : nymphalidae est le terme scientifique qui désigne la plus grande famille de papillons et phosphorescence est une allusion à leurs couleurs souvent éclatantes. Après avoir recueilli suffisamment de matériel pour préparer ses compositions, Betts s’est absorbé dans la création en réalisant des expérimentations techniques à l’Atelier d’estampe Imago. Les innovations formelles qui découlent de ce travail d’exploration ont ensuite été amalgamées au style pictural et à la gamme chromatique fluorescente qui font la signature de Betts. Les grandes compositions abstraites de l’artiste s’harmonisent au paysage environnant et proposent aux promeneurs de plonger momentanément dans l’imaginaire.

L’artiste tient à remercier Blake Morin, Jennifer Bélanger, Paul Édouard Bourque et l’équipe du Musée du Nouveau-Brunswick, Peter Larocque, Mary Sollows et Donald McAlpine, pour leurs contributions au projet.

Jared Betts à l’œuvre à l’Atelier d’estampe Imago (2018)

Nymphalidae Phosphorescence, 2018, sérigraphie, peinture aérosol, peinture acrylique et pastel gras sur toile. Photo : Mathieu Léger

Jared Betts

Jared Betts est un artiste peintre qui puise dans le monde naturel, le voyage et le rêve pour concevoir des univers picturaux singuliers aux compositions hybrides et colorées. Ses tableaux sont réalisés au gré de gestes intuitifs et de superpositions de plans donnant forme à des écosystèmes nébuleux qui font abstraction du monde visible pour en révéler plutôt une dimension métaphysique. Les œuvres de Betts immergent le regardeur dans une expérience sensorielle nourrie de contrastes entre la surface et la profondeur, et entre le trait graphique et l’étalement de pigments.

Originaire de Moncton, Betts est diplômé du Nova Scotia College of Art and Design (2010). Il a complété des résidences de création et exposé son travail au Costa Rica, en Islande et au Japon, entre autres. Ses œuvres sont intégrées à plusieurs collections publiques et privées à l’échelle internationale.